A LIVRE OUVERT

VENCE - Le 29 avril 2019 - CONFÉRENCE BIBLIOTHÈQUE POUR TOUS

 

« L’AMOUR INTERDIT » - LIVRE DE CHRISTIAN MARIA PRÉSENTÉ PAR L’AUTEUR

 

                 Monsieur MARIA vient d’écrire un roman historique sous le titre « L’AMOUR INTERDIT ». L’action se déroule au début du 15ème siècle à ROURE, dans la Moyenne Vallée de la Tinée. Le village s’étage de 400 à 2000 mètres d’altitude, il est sur le chemin muletier qui conduit jusqu’à Beuil. Le village vit en autarcie : le climat permet la présence des oliviers et de la vigne. L’eau est abondante, les forêts donnent le bois, les terres reçoivent les cultures de légumineuses, pois chiches et fèves. En altitude s’étagent les riches pâturages, où les troupeaux montent en estive, sources de revenus financiers.

                Dans le village, la jeune Delphine, très certainement issue d’une famille aisée, a été mariée à Jean Bovis, propriétaire terrien. Sa vie aurait pu être sans histoire, si elle n’avait éprouvé une très forte inclinaison, partagée, pour Pierre Blanqui, le curé du village, et s’ils n’avaient tous deux franchi le Rubicon en se donnant l’un à l’autre. D’où le titre !

                Certes, c’est un roman. Mais l’auteur est parti d’un fait réel, en s’appuyant sur le jugement rendu à Saint-Sauveur-sur-Tinée, en 1427, par le juge Philippe Audibert de la Cour de justice itinérante de la Viguerie de Puget-Théniers, dont dépend Roure. Ce jugement est lourd pour la jeune et belle Delphine. Elle sera condamnée à une très forte amende, fonction de sa fortune personnelle...

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Francine CHANTILLY

"Tout est amour"

Comme Sénèque et les Stoïciens, nous retrouvons dans cet opus l'idée d'une philosophie de la liberté intérieure.  

Être à ce que l'on fait, voilà en deux mots la démarche proposée par Francine Chantilly, dans son essai philosophique "Tout est amour". 

 

Ce livre nous invite à une lecture du quotidien, où le bonheur de l'action passe par une indépendance vis-à-vis des circonstances extérieures. 

L'auteure analyse quatre situations simples et nous livre des clés nous permettant de prendre toute la mesure de ce qui entrave nos actions. 

Notez que le verbe "entraver" comprend la racine "trabe", poutre en latin. 

Ces poutres plutôt que de les prendre dans votre tête, faites-en bonne usage.

 

Francine Chantilly vous propose d'en jouer, un peu comme une gymnastique quotidienne et vous montre que l'esprit est aussi à l'image du corps, capable de grandes choses, mais à condition d'en prendre soin sans relâche. 

 

"Tout est amour" est une peinture encourageante de l'effort de chacun à soigner ses actions les plus simples. Un livre où finalement la clé des petits bonheurs est entre nos mains. 

 

Comme Bach qui veut dire ruisseau en allemand, sachez qu'en aval de ces petits bonheurs, une grande harmonie intérieure vous attend.... 

Prix Goncourt

Nicolas Mathieu « Leurs enfants après eux »

Prix du roman de l’Académie française

Camille Pascal « L’été des quatre rois »

Prix Goncourt des Lycéens

David Diop « Frères d’âme »

Prix Femina Essai

Elisabeth de Fontenay « Gaspard de la nuit »

Prix Femina

Philippe Lançon « Le lambeau »

Sélection Prix Médicis et Femina

Fanny Taillandier« Par les écrans du monde »

Prix interallié

Thomas B. Reverdy« L’hiver du mécontentement »

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Marie-Agnès Courouble

“N’importe où !”

soit les 37 stations de Lazare

            La pérennité et la vitalité du genre romanesque a été toujours été pour moi un mystère. Comment, après Balzac et Stendhal, après Duras et Butor, comment peut-on encore envisager d’écrire un roman, en avoir l’audace ? Mon humble réponse est que pour entreprendre une telle folie, il convient de répondre d’une façon neuve à trois exigences : la structure, le rythme et le style.

               Le dernier roman de Marie-Agnès Courouble* répond magistralement à ces trois données impératives. La structure nous est donnée par la toute première phrase : je suis mort. Je suis n’importe où et qu’importe. Faire un livre en donnant la parole à un mort, ce principe organisateur audacieux s’avère d’emblée particulièrement efficace. Il associe la rigidité, l’immobilité impuissante au déroulement de la vie, scandée en l’occurrence par le défilé des visiteurs de l’Athanée. Dans cette contradiction s’installe une dynamique forte : le narrateur reçoit tout, revoit tout, mais ne peut cependant plus rien, pas un mouvement, pas un battement de cil. Il est devenu la caisse mortuaire et enregistreuse de sa vie.

                Précisément, il revisite sa vie, comme une introspection en un cercueil installé, non sans une savoureuse distance ironique : si je pouvais rigoler franchement cela me récompenserait de toute ma mort.

                Cette perspective d’organisation du roman (...)

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Philippe Torreton
Mémé
Collection “J’ai lu” 8€90


Il est des titres qui disent tout, dans leur simplicité, parfois avec la force d’un seul mot. Le dernier
livre de Philippe Torreton illustre avec profondeur cette capacité qu’ont les termes simples à dire
beaucoup.


On connaît le comédien, il fut Scapin et Tartuffe, Lorenzaccio ou Georges Dandin. Le voici nous
livrant un texte totalement inattendu, intitulé Mémé. Tout est dit, il ne nous reste plus qu’à lire et
découvrir. Des mémés chacun de nous en a connu, au moins une. Le mot sent quelque peu les neiges
d’antan, les confitures et les maisons perdues dans la campagne. Ce beau vocable porte donc de
l’universel en lui, et là se trouve le premier élément de magie verbale de ce livre : en parlant de sa
grand-mère, l’auteur fait revivre la nôtre, réveillant des souvenirs âpres et humides de Normandie, il
peut faire écho à notre passé nourri par l’âpreté de la Provence ensoleillée.
Cette grand-mère est dure au travail, généreuse bien que pliée sous le fardeau de la vie, porteuse d’une
riche culture bien qu’ayant peu étudié. Humaine, profondément humaine, cette mémé révèle au gré des
pages une relation à la vie faite de lutte et de dons, de malheurs et de lumières reconquises, de petites
lumières savamment préservées et entretenues au gré des jours, dans le “dur désir de désir” comme
aurait Paul Eluard, un autre officiant de la vie. Au pays de mémé on ne reste pas sans rien faire, c’est
comme ça, toute une vie à user pour assurer l’ordinaire, chaque jour une tâche, une vie de labeur,
s’arrêter c’est tomber.


Ce qui rend le livre particulièrement attachant est qu’il ne verse jamais dans la nostalgie puisqu’il relie
sans cesse le passé au présent. Nulle rupture dans cette évocation, la simple mise en oeuvre d’une
continuité humaine, qui permet, par exemple, de passer d’un cellier à la poésie : Ce cellier sentait le
sur, ce cellier m’a fait aimer Rimbaud, “plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures”. C’est
compliqué Rimbaud à l’école mais grâce au cellier de mémé j’étais prêt pour “ me baigner dans le
poème de la mer”, mon nez était paré pour les “tâches de vin bleu et de vomissures”. Arthur
connaissait le moisi des celliers avec les pots de lard, l’oignon et l’échalote, les pommes, le vin, le lait
croupi et la souris active…la poésie est là, la poésie c’est l’enfance tailladée d’odeurs…


Dans la présence de Mémé, dans le lien qui perdure, la vie se fertilise dans la fidélité. Et la leçon
majeure se trouve dans le goût transmis du travail. Ce qui fait la raison d’être et la force de la mémé se
retrouve dans le petit-fils, quand il devient comédien. La page est alors superbe de profondeur et
d’émotion quand elle présente la grand-mère venant assister, à la Comédie Française, à une
représentation du Barbier de Séville. Philippe Torreton y joue Figaro : Mémé est dans la salle ! Tout le
Français était au courant, tu avais acheté une robe, tes cheveux sentaient encore le salon de coiffure
et leur laque à canards, tu avais ressorti ton collier de petites perles et des boucles d’oreilles qui te
pinçaient très fort les lobes.

La figure tutélaire est là, dans un fauteuil de velours rouge, et le petit-fils est à la hauteur, il a recueilli
en lui tout ce qui permet à une vie de se réaliser. Dans un même mouvement de culture, unissant le
monde du labeur au monde du théâtre, il établit la jonction, réalise son unité. La Comédie Française
c’était mon champ et mes prés, c’était là que je ne comptais pas ma peine, c’était là que je m’usais
jour après jour. Tu as aimé mon jardin et ma cour, mon lointain me rapprochait de toi.

Un livre de valeurs. Un livre de constance et de reconnaissance. Un livre de valeur donc.
Pour Vence-Info-Mag.com
Yves Ughes.

Kronos ou d’une impossible chronique
Witold Gombrowicz
Editions Stock. “La cosmopolite” (2016)


Kronos est un livre illisible, et néanmoins envoûtant : dès les premières pages, on ne peut s’y soustraire, s’en détacher. Il enivre et emporte. Il délire et délivre.


L’édition publié par les éditions Stock est agrémentée de Notes révisées et augmentées par Rita Gombrowicz et la traductrice, Malgorzata Smorag-Goldberg.


Le livre y est ainsi présenté par Rita Gombrowicz, dans l’urgence et l’intensité : Il (Witold Gombrowicz) m’a indiqué, sans l’ouvrir, où se trouvait sont journal intime qu’il a appelé Kronos en disant : “Si la maison brûle, tu prends Kronos et les contrats et tu cours le plus vite possible! (…) J’ai compris que Kronos était la chose la plus précieuse pour lui. Je l’ai placé au centre de ma vie comme une force secrète et agissante. J’ai consacré plusieurs années à recueillir les témoignages et à rassembler les documents susceptibles d’éclairer ce manuscrit.(1).


De fait le “journal” est déferlant, d’une écriture minimale et les notes sont d’une précision remarquable. On peut donc lire ce texte déconcertant qu’en acceptant de mêler les deux éléments.

Et si l’on joue le jeu (avec Gombrowicz, tout va vers le ludique, fût-il sombre) on entre dans la vie
d’un incommensurable auteur, par une combinaison de ses petites misères et de ses vraies grandeurs. Ecoutons ce que Yann Moix en dit dans la préface : On connaissait le Gombrowicz solitaire, voici le Witold seul. On le connaissait habillé, drapé, costumé, le voici nu. Non pas nu devant nous, mais nu face à lui-même, loin de son pays. Voici à la fois de quoi confirmer et infirmer Gombrowicz, voici de quoi rectifier. Voici surtout, une fois de plus, de quoi le préférer. (2).

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Dans le tumulte de la vie
au prix de la mort
le dernier livre de René Frégni

{Yves Ughes]


D’un roman l’autre, René Frégni nous surprendra toujours, pour notre plus grand plaisir de lecteur. Le dernier ouvrage publié chez Gallimard, collection “la Blanche” ne manque pas de nous heurter de bout en bout.
“Les vivants au prix des morts” se présente comme une oeuvre musicale, avec une ouverture
particulièrement mélodieuse. De promenades solitaires en errances dans les collines, le narrateur -
René Frégni lui-même (il faut le souligner) nous emporte dans une relation charnelle avec les environs de Manosque. Où il habite. Avec l’héritage de Jean Giono, il nous donne à entendre le chant du monde, la rondeur des jours. Connaissant l’auteur et ses romans policiers, ses romans noirs aussi, on en vient à se dire qu’il a changé de style, de genre. Mais on se plaît également en ce lieu de nature et de bonheurs simples, intenses. D’autant plus que le rythme des phrases nous porte, scandé par les pulsions de la terre, celles qui parlent au corps et le suscitent : Je sens battre le sang dans mes épaules, mes cuisses, mes reins, il laboure mon ventre. J’avale toute cette beauté, elle illumine mon corps jusqu’à la pointe éblouie de chacun de mes nerfs.

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Marie-Agnès Courouble

Textes inscrits dans la texture du Port

 

Ce livre de Marie-Agnès Courouble est un livre en partance, un livre de départs.

On pourrait le placer dans le sillage de ces mots de Baudelaire :

Un port est un séjour charmant pour une âme fatiguée des luttes de la vie. L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages, les colorations changeantes de la mer, le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement propre à amuser les yeux sans jamais les lasser.

On pourrait le situer ainsi, mais il faudrait alors oublier l’expression “une âme fatiguée des luttes de la vie” car les personnages sont ici tout… sauf fatigués. Ces êtres-là se placent dans le mouvement, l’allant, ils vont vers…même sans trop savoir vers quoi…vers qui…mais ils vont et là est l’essentiel.

Ces hommes et femmes quelque peu perdus se situent dans une quête permanente. Ils ne vivent que traversés par des émotions et l’on perçoit bien la charge de mouvement de ce mot. L’émotion est ce qui meut, ici la mise en marche est constante, vers un ailleurs qui tire hors du port, vers une destination inconnue.

Comme si l’inconnu était la meilleure route pour se trouver soi-même, pour entrer en relation avec son être profond, par cette pulsion instinctive autant qu’essentielle, viscérale et impérieuse.

(...)

Morgane Nannini

"L'Ecole de Nice, mythe ou réalité"

Nice, comme une Ecole.
Difficile. Drastique et difficile.
Difficile encore. D’évoquer un tel sujet.


L’entreprise de Morgane Nannini relève de la gageure : L’école de Nice, mythe et réalité. Comment rendre compte d’une telle complexité, comment les mots peuvent-ils s’ajuster à la profusion?


Car telle est l’École de Nice : luxuriante et ondulatoire, un foisonnement dont les contours sont insaisissables. On en perçoit la périphérie en tous lieux et le centre nulle part. L’Ecole de Nice est un sujet délicat à traiter. Jeune historienne de l’art et niçoise, je tiens, avant que vous ne commenciez à lire cet essai, à vous dire que je n’ai pu parler de tous les artistes qui font partie de l’Ecole de Nice pour une très bonne raison : ils sont très nombreux aujourd’hui.

(...)

L’enjeu de la poulette russe

ou les tâtonnements d’un barillet sur la Côte

Si l’on n’aime pas, on laisse tomber.

Si on ne se reconnaît pas dans le style, on dépose le livre sur le côté.

Mais si l’on admet que la truculence fait partie de la langue française, si l’on se dit qu’à côté de la langue classique, policée, équilibrée, polie et ciselée existe une langue débordante, faite d’excès corporels, de vivacités fulgurantes, de jeux de mots, si l’on sait que de Montaigne à San Antonio, de Rabelais à Louis-Ferdinand Céline, en passant par Voltaire et Marcel Aymé, via Alphonse Boudard, il est une façon de cultiver les morts et les mots qui est “non officielle”, alors on appréciera ce numéro 4 de la série Jo White - Alpha, dans la collection si bien nommée “La Gauloise”.

Jo White, série policière se déroulant sur la Côte d’Azur. Le récit est à la hauteur de l’annonce, le plumage appelle le ramage, les fruits tiennent la promesse des fleurs.

Vénéneuses, en l’occurrence les fleurs. Jo White est un détective privé féminin, (donc privée). Son bureau est dans l’attente, plongé pour tout dire dans des heures de latence. La porte s’ouvre et tout commence. Et l’on est pris de part en part par l’action.

Parce qu’elle est portée par une langue qui foisonne, bourgeonne, faite dans la floraison, une langue sémillante et fertile. Tout y passe, les noms propres : on rit à chaque identité. Les déferlements et les crispations sexuels. Et les rebonds dus aux métamorphoses d’identité, qui

agrémentent l’action. Les personnages sont esquissés, mais prennent forme néanmoins dans leur ambiguïté, celle qui suscite et engendre la déferlante des mots : “Bravo, pour quelqu’un qui a fait son droit…comme disait Coluche, maintenant tu fais tout de travers ! Tiens je te passe les fringues de Totoche, elles t’iront comme un préservatif. Jean-Jean t’attends pour t’essayer en Conchita. Un conseil, ne fais pas d’ombre à Patou chérie ou il va nous faire une attaque”.

Nice est célèbre -entre autres- pour son Carnaval. Ici défilent une secrétaire en manque de socca, une autre en manque de sexe ou, pour être plus exact, en attente de jouissances tardant à (re)venir, un travelo attachant, un ex-chanteur attaché.

Et la sarabande prend, comme une mayonnaise teintée d’aïoli. Les rues de Nice défilent au gré des découvertes que l’enquête occasionne : le boulevard de Cessole, et le mythique Mont Boron, visité par un clochard-par-les-vérités-visité.

L’histoire va ainsi, portée par des mots, comme toutes les histoires, mais ils s’agglutinent ici sur le mode de la dérision signifiante. On plaisante, on joue mais, finalement, un monde se dessine qui n’est pas dépourvu de sens, simplement dépouillé de bon sens, de sens établi. Tout y est mouvant, dans un jonglerie perpétuelle. Loin de tout sens rassis.

Et voici un dernier extrait : Il part pour un safari dans les rues de Paris, histoire de réaliser quelques clichés d’autochtones en voie de disparition : les travailleurs ! Une race qui pullulait autrefois mais que les dragueuses des multinationales ont décimée et transformée en chômeurs.

Un dernier, pour tituber sur la route. Et vous inciter à la prendre. Comme il se doit.

Pour Vence-Info-Mag.

Yves Ughes

VIM

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